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 L’Aube écarlate

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celineb
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MessageSujet: L’Aube écarlate   Mar 27 Mar - 18:54

L’Aube écarlate

           En l’an de grâce 1228, le soleil se levait à peine lorsque la jeune Aude, fille du baron Enguerrand de Maupas, descendit rapidement les escaliers du château. Elle aimait ces instants privilégiés où tout reprenait vie peu à peu. Elle portait une jolie tunique brodée et celle-ci flottait joyeusement au vent léger du matin. La damoiselle rejoignit sans tarder dans un angle de la grande tour Guillaume, le fauconnier du seigneur des lieux. Le soleil matinal semblait complice de ce moment de liesse.

           Les jeunes gens s’étreignirent tendrement. Cela faisait trois mois qu’ils se voyaient en cachette et chaque fois, le bonheur des retrouvailles faisait oublier la souffrance de la séparation. Guillaume avait cueilli pour sa mie un charmant bouquet de fleurs des champs. C’était le printemps et la nature se réjouissait de la gracieuse reverdie. Les amoureux n’étaient pas aussi joyeux que le monde renaissant autour d’eux. Ils savaient que leur passion était interdite ; c’était déchoir pour une jeune fille noble de fréquenter un roturier d’un rang aussi modeste et d’une naissance aussi obscure.

           Le danger d’être découverts ne retenaient pourtant pas les deux jeunes gens qui se voyaient le plus souvent possible. Toutes les occasions étaient bonnes pour se retrouver. Pourtant, ce jour-là, Guillaume parut particulièrement inquiet.

           - Ma tendre amie, j'ai un horrible pressentiment. J'ai l'impression que notre amour va prendre fin dans peu de temps.

           - Comment pouvez-vous dire une chose pareille, mon aimé ? interrogea la damoiselle. Sachez que mon cœur ne se donne qu'une fois et que si nous devions nous séparer, je ne survivrais pas longtemps.

           Au moment où la jeune fille achevait de prononcer ces paroles, elle entendit un cliquetis bruyant dans son dos. Plusieurs hommes d'armes rejoignaient les deux amants. Celui qui semblait être le chef de la troupe saisit le garçon par la peau du cou, le secoua comme un paquet puis le jeta à terre avec un crachat. Aude poussa le cri que Guillaume retint. Un garde la saisit sans douceur par le bras et l'entraîna avec lui. Les hommes du baron forcèrent la jeune fille à gravir les marches qui menaient jusqu’à la grande salle du château.


A suivre...

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celineb
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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Mar 27 Mar - 18:58

           Là, Aude fut très surprise de voir son père, Enguerrand de Maupas, qui l’attendait, debout, les bras croisés, la mine fermée. Autour de lui, le chapelain, l’intendant et quelques hommes d’armes regardaient dans sa direction. Ils savaient tous, apparemment, que la jeune fille serait capturée et menée jusqu’à ce lieu qui ressemblait fort à un tribunal. La damoiselle s’efforçait de ne pas trembler. Elle savait que le sort réservé aux dépravées était terrible. Braver les vœux de son père pour son établissement revenait à choisir la mort.

           - Père, je vous en prie ! Épargnez Guillaume ! Il n'est en rien coupable. Je suis la seule qui mérite d'être punie.

           - Taisez-vous, ma fille, vous m'avez déshonoré en salissant le nom que vous portez. Vous ne direz plus rien jusqu'à l'heure de votre mort. Vous méritez de périr sur-le-champ, certes, mais je suis bon chrétien et je ne porterai pas le fer contre le fruit de ma semence. Le temps se chargera de venir à bout de votre rébellion et de votre pêché. Vous mourrez dans le cachot où on vous enfermera, jusqu'à votre dernier jour. Emmenez-là !

           Le baron de Maupas fit un geste brusque de la main.  Le chef de la garde du seigneur saisit le bras de la damoiselle et la conduisit rapidement dans une cellule étroite du donjon. Il la jeta sur la paillasse qui occupait le centre de la petite pièce. Toute résistance était inutile, toute parole superflue. Aude savait que son père serait intraitable. Il ne transigeait pas sur la pureté de sa lignée. La porte se referma violemment sur l’homme d’armes. La damoiselle était prisonnière. Pour toujours.

           Insensiblement, dans la demi-pénombre, les larmes se mirent à couler sur les joues de la jeune Aude. Elles ruisselèrent des heures durant. La damoiselle restait prostrée dans un coin de la cellule, incapable même de se mettre sur ses pieds, tant elle était abattue. Ce désespoir ne cessa pas avec le jour qui s’enfuit. A la nuit, par un guichet ménagé dans la porte, une main invisible poussa du pain et une cruche vers la prisonnière. La jeune fille était affamée. Elle n’avait rien avalé de toute la journée. Tristement, elle avala quelques miettes et bu une gorgée d’eau.

           Les heures passaient, Aude se résolut à s’étendre sur sa paillasse. Là, ses larmes se remirent à couler. Elle s’endormit pourtant, à bout de forces. Dans ses rêves, elle imagina qu’elle était un oiseau, un des faucons de son ami. Elle volait jusqu’à lui, se transformant comme par magie, et les deux amants s’étreignaient passionnément. Hélas, rien de tout cela n’était réel. Le petit matin qui se levait vit la jeune fille recroquevillée sur sa couche humide de ses larmes. Finalement, elle se résolut à rejoindre la petite fenêtre.



A suivre...

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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Mar 27 Mar - 19:01

           L’ouverture, recouverte d’un verre grossier, permettait de voir la cour du château en contrebas. Aude était bien enfermée dans le donjon, cette haute tour qui servait de cachot à l’occasion. Par la fenêtre, elle voyait les domestiques s’affairer, les écuyers mener les chevaux à l’écurie, les commis porter la venaison pour la table du seigneur. Un bruit venant de la porte la fit sursauter. Elle interrompit ses observations. Un garde anonyme apportait de l’eau et du pain. Aude, cette fois-ci, bondit vers la nourriture. Elle était affamée. Elle se désola de constater à quel point la captivité pouvait transformer rapidement un être humain en animal traqué.

           Les jours passèrent, rien ne vint interrompre la triste routine de la jeune esseulée. Chaque matin, elle se levait, s’installait à la fenêtre pour regarder les habitants du château vaquer à leurs occupations. Nul ne semblait se préoccuper d’elle. On la nourrissait de pain et d’eau, juste le nécessaire pour survivre. Aude pleurait, gémissait, appelait, personne ne répondait. Elle essayait de ne pas perdre espoir, de rester confiante, tout en s’inquiétant affreusement pour Guillaume. Quel sort le baron avait-il réservé à cet impudent ?

           Pour se distraire et tenter de garder un semblant de raison, elle observa minutieusement son cachot, puis le décora, d’une fresque légère qui courait d’un bout à l’autre de la petite pièce. Ses ongles grattèrent le salpêtre pour dessiner des motifs, elle se blessa, peu lui importait. Elle se sentait oppressée en permanence. En dépit du silence qui l’entourait, elle était sûre qu’on l’observait. Un soir qu’un orage se déchaînait sur le château, Aude remarqua qu’un tuyau d’évacuation venu de la terrasse, qui passait juste sous sa fenêtre, était percé. Il laissait s’écouler l’eau recueillie sur toute la longueur de la façade.

           Dans le cachot du donjon, les heures passaient lentement. Cela faisait maintenant trois mois que la damoiselle était enfermée, nourrie de pain et d’eau, grelottant la nuit et suffoquant le jour, car l’été était arrivé. Aude ne cessait quasiment plus de pleurer à présent. Elle se désespérait, se tordant les mains et s’arrachant les cheveux. Un matin, au moment où elle perdait totalement espoir et allait commettre un geste fatal en dépit de sa foi très vive, elle entendit un grand bruit. Elle se dirigea vers la fenêtre. Plusieurs chevaux pénétraient dans l’enceinte du château, des trompettes résonnaient, un invité de marque arrivait.

           Par l’étroite ouverture, la prisonnière put apercevoir les armes royales flotter fièrement dans l’air pur du matin. Le suzerain s’arrêtait un moment chez son vassal le plus cher. C’était la seconde fois que le souverain rendait visite au baron. La première fois, c’était lors du baptême de la damoiselle, le roi avait accepté d’être le parrain du nouveau-né. Aude soupira tristement. Son père allait inventer une fable pour expliquer l’absence de sa fille. Son parrain ne pourrait pas l’aider à sortir de sa prison. En dépit de son accablement, la damoiselle eut une idée, une idée folle, mais qui pourrait peut-être lui sauver la vie, ou la détruire à jamais.


A suivre...

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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Mar 27 Mar - 19:03

           Elle allait utiliser la gouttière qui passait sous sa fenêtre pour déployer sur la façade de sa prison l’oriflamme de son désespoir. Cet étendard vermeil pourrait peut-être attirer l’attention. Avec un peu de chance, la suite royale pourrait remarquer la rivière de sang qui courait sur la pierre. Il lui faudrait s’ouvrir les veines et répandre le précieux liquide dans le tuyau de métal. C’était indispensable, elle le ferait. Elle n’avait pas d’autre espoir de sortir de sa prison. Seul son cher parrain pourrait la sauver. N’avait-il pas autorité sur son vassal ? Courageusement, en serrant les dents, Aude fit le nécessaire et bientôt le sang de la damoiselle ruissela sur le mur du donjon.

           Cela dessinait comme un panache vermeil ou un drapé de comète. En contrebas, on remarqua vite la traînée brillante et les officiers du roi se signèrent abondamment. Y avait-il diablerie ? Le roi lui-même, alerté par les cris de ses gens, leva la tête. Il eut l’air surpris, mais non effrayé. Après un échange rapide avec le baron, le souverain ordonna qu’on aille voir sur place ce qui pouvait être la cause de ce phénomène qui terrorisait sa suite. Ses gardes eurent vite fait de trouver une explication rationnelle à cette étrange apparition. Ils ouvrirent le cachot suspect et découvrirent la fille du baron, ensanglantée. Après des soins administrés par le barbier du souverain, appelé en hâte, ils la conduisirent, avec toutes les précautions voulues, auprès du souverain.

           Faible, blanche comme l’ivoire, Aude se jeta aux pieds du roi, son parrain, en implorant miséricorde. Reconnaissant sa filleule quasi exsangue, le suzerain regarda son vassal le baron avec sévérité. Relevant la jeune fille, très affaiblie, Il exigea des explications. Il les obtint, tant de la part de la damoiselle que de celle de son père, honteux de son comportement. Le souverain rétablit Aude dans ses droits, exigeant que le baron de Maupas lui pardonnât. La jeune fille se remit peu à peu de sa terrible perte de sang et de son séjour dans le cachot paternel. L’histoire ne dit rien en revanche de ses amours ultérieures avec le fauconnier, c’est bien dommage pour notre curiosité.


FIN

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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Mar 27 Mar - 19:07


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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Mar 27 Mar - 20:48

encore une belle nouvelle qui me ravit toujours
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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Mar 27 Mar - 20:57

Merci beaucoup !

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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Sam 31 Mar - 15:52

Belle entrée en matière d'un récit à saveur royale, j'aime bien.
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MessageSujet: Re: L’Aube écarlate   Sam 31 Mar - 16:44

Merci à toi !

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