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 Les Tribulations de Renardo [Conte]

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celineb

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Date d'inscription : 21/09/2017
Localisation : Hauts-de-France

MessageSujet: Les Tribulations de Renardo [Conte]   Jeu 7 Déc - 22:09

Les Tribulations de Renardo


               Au fin fond du bocage normand, à l’abri des haies, prospérait une joyeuse famille de renards roux. Le printemps avait vu la naissance d’une portée de huit renardeaux, tous plus joueurs les uns que les autres. Le petit dernier avait été prénommé Renardo, l’imagination ayant fini par manquer aux parents débordés. Il n’était pas moins vif ou moins éveillé que ses frères et sœurs mais voilà, il était le dernier et chacun avait tendance à le regarder de haut.

               Cette situation était vite devenue insupportable au jeune renard. Le sentiment d’injustice dont il était victime le faisait littéralement s’étouffer de rage. La famille toute entière s’amusait de ses crises de colère, pensant que cela lui passerait, mais son caractère bien trempé ne s’atténuait nullement au fil du temps. Au bout de deux mois, Renardo avait pris des forces et jurait bien de se venger. Mais comment ? A force de se creuser la cervelle, il imagina qu’une courte fugue pourrait rappeler à ses parents et à ses frères et sœurs à quel point il était unique.

               Ainsi fut fait. Par une belle après-midi de juin, le petit dernier de la fratrie décida de fausser compagnie à ses proches. Il s’éclipsa discrètement à l’heure de la sieste. Dans le terrier de M. et Mme Renard, personne ne remarqua son absence. C’était un fouillis complet d’oreilles, de queues, de pelages soyeux, comment les compter, comment se rendre compte qu’il manquait deux oreilles et une queue à cet ensemble confus ?


               Très vite, Renardo se retrouva au milieu des champs. Il sautillait entre les pâquerettes et les champignons, tout au bonheur de l’instant. Il faisait un temps splendide en ce tout début d’été et le jeune renard découvrait la liberté avec ravissement. Il longea un petit cours d’eau tranquille, traversa un jardin isolé puis arriva devant un étrange obstacle : le goudron de la route nationale le déconcertait. Quelle était cette étrange matière noirâtre ? Au moment où il se posait cette question, il entendit un cri pointu.


- « Hé vous, stop ! C'est dangereux, n'avancez pas !

               Qui l'appelait ainsi ? Il écarquilla les yeux et vit de l'autre côté de la route un petit animal pelucheux comme lui, mais noir de jais. Il l'interpella à son tour.

- C'est vous qui criez ainsi ? Qui êtes-vous ? Vous avez une drôle de couleur, vous n'êtes pas roux comme moi.

- Je ne suis pas roux parce que je ne suis pas un renard. Je suis une panthère, un bébé panthère noire, plus précisément.

- Mais que faites-vous là ? La Normandie n'est pas le pays des panthères, d'après ce que m'a dit ma mère.

- Je me suis évadé de la caravane du zoo lors d'une pause, j'avais envie d'être libre.

- C'est comme moi, enfin presque. N'ayez crainte, je serai prudent en traversant ce ruban noir.

- C'est votre intérêt, remarqua la petite panthère. En tout cas, je vous dis au revoir, je continue ma route ».

               Là dessus, l'étrange petit fauve tourna les talons et s'éloigna rapidement. Renardo resta seul mais sa solitude ne dura pas longtemps. Au moment où il s'apprêtait à se remettre en marche, un véhicule bruyant s'arrêta au bord de la route dans un crissement de pneus. Une grosse dame, violemment maquillée, en sortit et se saisit de lui en le prenant par la peau du cou. Le petit renard se retrouva dans le véhicule sur les genoux de cette femme.

- « Jacques ! Regarde ce que j'ai dans les bras : un amour de renardeau. Sa mère a dû être tuée par le trafic automobile. Il est tout seul, abandonné. Nous allons nous occuper de lui.

- En effet, Mélanie, ce petit renard a besoin avant tout d'un bon bain », répliqua son compagnon.


               Renardo fut transporté dans le véhicule des bipèdes jusqu'à leur domicile, une grande maison au milieu des champs. Là, pour son malheur, il lui fut administré un bain brûlant, suivi d'un shampoing non moins décapant. Ses petits cris de protestation furent étouffés par les débordements d'affection de la grosse dame. On le frotta vigoureusement avec une serviette épaisse et on le sécha au sèche-cheveux. Le petit renard était furieux d'être ainsi traité comme un bébé par ce couple en mal d'enfant. Dès qu'ils eurent le dos tourné, il en profita par se sauver par la chatière. Ouf ! Il était libre, à nouveau.


               Il s'enfuit loin de la maison de ses tortionnaires emplis de bonne volonté de toute la vitesse de ses courtes pattes. Au bout d’un moment, la fatigue de cette après-midi mouvementée se fit sentir. Épuisé, il décida de faire une petite sieste à l’ombre des grands arbres. Il s’endormit profondément. Dans ses rêves, il était à nouveau chez ses parents, en sécurité, blotti contre ses frères et sœurs. La quiétude éphémère qu’il avait retrouvée dans son sommeil fut brutalement interrompue par des aboiements tonitruants.

               Renardo ouvrit les yeux et vit devant lui, sous le feuillage épais du grand hêtre qui avait abrité son sommeil, un chien immense au long pelage soyeux. Le canidé cessa d’aboyer dès qu’il vit que le renardeau le fixait, affolé.

- « Calme-toi, mon petit, je ne vais pas te manger, fit le grand chien à l'adresse de Renardo.

               Celui-ci n'en menait pas large. Il avait bien vu de loin, dans la campagne, des animaux de cette espèce, mais pas un n'atteignait cette taille. Blanc de peur, il réussit néanmoins à sauver la face avec un gros mensonge.


- Je n'ai pas peur de vous, d'abord. Simplement, vous m'avez surpris dans mon sommeil et je suis encore tout étonné de vous voir devant moi, surgi brutalement de nulle part.

- Je viens de la ferme derrière la butte, c'est tout. Que fais-tu tout seul ici, mon petit ? C'est bien dangereux, à ton âge. Sais-tu que les tueurs de poule de ton espèce sont pourchassés par mes maîtres ? Tu as de la chance d'être tombé sur moi.

               Le petit renard soupira.

- Je sais, je m'en suis rendu compte. Je voudrais bien rentrer chez moi mais je ne sais pas comment faire.

               Le grand chien partit d'un éclat de rire.

- C'est la meilleure ! Je vais ramener chez lui un représentant de la pire espèce qui soit, un voleur de poules !

- Je n'aime pas la viande, je vous assure, je préfère les laitages, surtout le fromage blanc, en fait. S'il vous plaît, ramenez-moi dans ma famille.

- Je veux bien te croire, moi-même, je n'aime pas les os, je préfère la pâte d'amande. Mais bon, trêve de considérations culinaires, essayons de retrouver les tiens ».

               Le chien était un fin limier et son odorat, sans rival. Après quelques circonvolutions, les deux compères finirent par retrouver le chemin du terrier familial. Renardo était totalement rassuré. Sa conversation avec le chien prit un tour tout à fait sympathique. Le canidé lui conseilla la plus grande prudence et lui administra quelques conseils de bon sens. Le petit renard convint qu’il avait eu tort de s’enfuir de son domicile. Il devait essayer de se faire respecter par ses proches tout en ne se vexant pas outre mesure de leurs taquineries. Ils se quittèrent bons amis.


               Le soleil descendait lentement à l’horizon quand le jeune renard réintégra sa maison. Ses proches, dans le brouhaha quotidien, n’avaient pas remarqué sa courte fugue. Lui-même décida de n’en rien dire. Il savait qu’il avait eu de la chance. Il n’avait en fait rencontré que des êtres bien intentionnés à son égard mais cela aurait pu être bien différent, il s’en rendait compte. Son équipée de courte durée lui servit en tout cas de leçon, plus jamais il ne fut tenté de partir à l’aventure. Il savoura désormais avec reconnaissance la chaleur du logis familial.


FIN

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astéria admin
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MessageSujet: Re: Les Tribulations de Renardo [Conte]   Ven 8 Déc - 21:52

c'est tout tendre, le petit renardeau a bien de la chance d'exister sous votre plume. Merci
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MessageSujet: Re: Les Tribulations de Renardo [Conte]   Sam 9 Déc - 22:24

Attendrissant comme histoire, c'est bien écrit.
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MessageSujet: Re: Les Tribulations de Renardo [Conte]   

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