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 Lettres Fictives

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celineb

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Date d'inscription : 21/09/2017
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MessageSujet: Lettres Fictives   Lun 25 Sep - 20:25

Lettre à Victor Hugo.

  Monsieur Hugo,

  Je vous écris cette lettre car je suis indigné, oui, indigné, scandalisé par le roman que vous venez de publier. Cet Homme qui rit, votre écrit infâme, qui vient d'être édité au début de cette année 1869, cet ouvrage, je le devine, a été largement inspiré par notre rencontre, il y a un an.

  Je vous rappelle les faits : vous vous promeniez dans la compagne normande en compagnie de votre chien, profitant de la belle journée de printemps. A un moment, votre compagnon à quatre pattes vous a échappé. Vous l'avez appelé. Il aboyait au loin, s'en prenant à un malheureux qui essayait de cacher son visage. Cet infortuné, c'était moi, et votre chien ne cessait d'aboyer à mes oreilles. Vous êtes arrivé, vous l'avez calmé. Vous m'avez posé des questions. Je vous étais reconnaissant d'avoir apaisé cette bête furieuse, je vous ai tout dit.

  Vous étiez intrigué par mon visage défiguré, par mon désir de me dissimuler, d'éviter les regards d'une foule qui ne pouvait qu'être hostile envers moi. J'étais affreux, en effet, et je n'inspirais pas la pitié, mais le dégoût. J'étais un monstre, qui faisait rire, tant il était laid. Mais vous, curieusement, vous aimez les monstres : Quasimodo, Han d'Islande, Triboulet, vos romans en sont pleins, vous vous délectez de leurs aventures pathétiques.

  Avec un grand sourire, pour m'amadouer, vous m'avez interrogé sur ma difformité, cet accident affreux qui a changé mon existence, ce coup de sabre qui m'a défiguré enfant. Je voyais que je vous intéressais, j'étais heureux, je vous ai dit mon nom : Gwynplaine. Vous m'avez demandé de vous raconter ma vie, de vous décrire les réactions que je suscitais. Je vous ai même confié l'amour impossible que j'avais pour la plus jolie jeune fille du village, Dea, la déesse.

  Hélas, voilà que par hasard, récemment, je suis tombé sur un exemplaire du dernier roman que vous avez publié. Ma triste condition de monstre, mon nom, celui de la femme que j'aime, vous les avez repris, utilisés ! Mon portait fidèle y figure. Ironie du sort, vous avez donné comme titre à cet écrit immonde "L'Homme qui rit".

  Non, je ne ris pas, de voir à quel point vous avez exploité, utilisé mes confidences, trahi ma confiance, moi qui pensais avoir rencontré et trouvé un ami ! Vous avez fait de l'argent avec mon désespoir.

  Je voulais vous le dire. Cela ne sert à rien, bien sûr, vous êtes le grand romancier célèbre, je ne suis qu'un pauvre homme disgracié au fond d'une campagne lointaine. Mais les pauvres ont aussi un honneur, un cœur, une colère. Et l'indignation que je ressens, je voulais vous la jeter au visage.

Gwynplaine Dupuytren

Réponse de Victor Hugo à la lettre de Gwynplaine Dupuytren [Lettre fictive].

Cher ami !

Oui, j’ose vous appeler « ami » en dépit des mots si durs que vous avez prononcés, en dépit du ressentiment que vous pouvez nourrir encore à mon endroit, en dépit de cette souffrance qui s’exprime dans votre lettre.

J’ai lu votre missive avec une émotion extrême, elle m’a bouleversé au point que j’ai failli renoncer à vous répondre tant la tâche me semblait difficile. Une seule pensée a été mon guide : apaiser la douleur de cet homme, mon ami, celui que j’ai eu la joie de rencontrer jadis. Cette idée m’a soutenu. Elle m’a permis d’espérer que cet écrit que je vous adresse aujourd’hui sèche quelque peu ces larmes amères qui me brisent le cœur, qu’il soit comme une lueur brillant dans la nuit où les hommes vous ont mis.

Les hommes, certes ! Et non, moi, soyez-en assuré ! Bien au contraire, si j’ai écrit ce roman terrible que vous avez parcouru, cet Homme qui rit tandis que nous pleurons avec lui, c’est pour faire honte à cette humanité insensible, à tous ceux qui négligent les larmes et les pleurs de leurs semblables disgraciés.

Sachez-le, mon ami, je n’ai eu pour but en évoquant tous ces malheureux qu’essayer de faire prendre conscience de l’inhumanité qu’il y a à les rejeter. Tous les hommes sont frères, oui, je le crois profondément, comme j’estime que toutes choses sont égales en droit et dignité !

Ce n’est pas parce que l’on est laid qu’on est méchant, c’est parce qu’on se conduit méchamment. Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne tient pas des propos sensés, c’est parce qu’on vous prive, justement, de la possibilité de vous exprimer en toute liberté.

J’essaie de toutes mes forces, sachez-le mon ami, je tente désespérément dans mes œuvres de susciter en l’homme un peu de cette compassion divine qui devrait être son honneur. La force règne dans la nature, elle est souveraine implacable. Puissent les hommes se souvenir qu’ils sont hommes ! Le combat sera long, difficile, pour faire évoluer un peu cette humanité tellement tentée par l’égoïsme. Mais je dois le mener, c’est mon honneur d’écrivain.

Ne croyez pas, mon cher Gwynplaine, que je vous ai oublié, négligé, exploité. Bien au contraire. J’ai compris qu’à travers vous, tous les êtres disgraciés qui me liraient pourraient se reconnaître et reprendraient confiance à se voir ainsi soutenus, estimés, aimés !

Je vous ai envoyé, sitôt l’ouvrage publié, un exemplaire de ce roman, L’Homme qui rit, avec une lettre exprimant ma profonde gratitude. Vous n’avez reçu ni l’un ni l’autre. Je le regrette infiniment.

Certes, j’aurais dû vous parler de mon projet de mettre en scène votre vie pour tenter d’émouvoir nos contemporains, pour essayer de faire évoluer le regard qu’ils portent sur le malheur. J’aurais dû vous demander votre autorisation, vous supplier de m’aider pour faire en sorte que l’amour triomphe en ce bas monde, et non la haine. C’est vrai, j’ai manqué à mon devoir d’humanité, je n’ai pas manifesté suffisamment de respect envers vous. Je ne suis pas parfait, j’ai besoin moi-même de m’améliorer.

J’espère qu’à présent, votre peine s’est atténuée, que vous comprenez que mes intentions étaient pures, que vous acceptez de me pardonner.

Je vous adresse toute mon amitié,

Dans l’espoir d’une réponse,

Victor Hugo

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MessageSujet: Re: Lettres Fictives   Mar 26 Sep - 17:28

très belle lettre, bien que parfois arrogante par ces propos.
Les mots étaient bien choisis en ces temps là.
Belle joute
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celineb

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MessageSujet: Re: Lettres Fictives   Mar 26 Sep - 18:06

Ces deux lettres sont fictives.

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MessageSujet: Re: Lettres Fictives   

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